Les couturières sont-elles aigries ?

Comme pas mal de filles (enfin, j’imagine), je n’ai personne dans mon entourage proche qui pratique la couture. Ma maman s’y est mise, mais si je lui parle de Gérard, elle pensera plus vite à son collègue retraité qu’à un manteau. C’est pour ça que j’apprécie grandement des supports comme Instagram ou Thread and Needles, qui permettent de partager sur un sujet qui m’est cher.

Mais de plus en plus, je suis agacée par des remarques qui reviennent souvent, très souvent, trop souvent. Ces remarques concernent plus souvent les marques indépendantes que les big four (soyons honnêtes) sur un fond de : ce sont des voleurs, la qualité n’est pas au rendez-vous etc. Si je ne réponds presque jamais directement, je rumine dans mon coin … et aujourd’hui, je vais partager mes ruminations avec vous.

Pour rappel : Je n’ai pas d’action chez une marque quelconque mais ce que je vais dire est forcément conditionné par mon expérience personnelle.

 

#1 Non, mais ce n’est pas une modéliste professionnelle

Sinon moi je conduis une voiture plutôt pas mal et je ne suis pas chauffeur routier, hein. Plus sérieusement : je travaille dans un domaine ou faire des études n’est pas encore « obligatoire ». Dans le BTP on construit des maisons, des immeubles et des ponts, et je peux vous assurer que ¾ des ouvriers n’ont pas le BAC. Certains ne savent pas écrire leur nom … alors je ne vous parle pas de lire un plan. Pourtant ils font bien leur boulot de maçon ou de ferrailleur. J’occupe un poste de conducteur travaux avec un diplôme d’ingénieur. Il y a aussi des conducteurs travaux qui n’ont pas de diplôme. Parce qu’en vrai, pour faire ce travail il faut juste être organisé et avoir un téléphone portable. Repérer des erreurs de ferraillages ou des malfaçons, ça ne s’apprend pas à l’école (harceler des sous-traitants non plus, d’ailleurs).

Bref, tout ça pour dire que si on a pas besoin d’avoir bac+15 pour construire des ponts sur lesquels passeront des milliers de gens (ça marche pour d’autres domaines : la cuisine, la mécanique, l’agriculture …), est ce qu’il faut obligatoirement avoir faire Central St Martins, ESMOD ou Parsons pour proposer un patron à la vente ?

Est-ce que la formation fait la qualité du résultat ? Non. Parce que ça dépend de la qualité de la formation (mal à la tête ?). J’aurai toujours tendance à faire plus confiance à un autodidacte motivé qu’à un professionnel blasé.

#2 Non mais ces prix, c’est du vol !

Parce que, comme ce ne sont pas des professionnel(le)s diplômé(e)s, les indépendants devraient proposer la gratuité de leur travail ? Certaines marques proposent des patrons gratuits, c’est vrai. C’est de la communication. Ce n’est pas la « normalité ». La normalité c’est de payer pour un travail fait, et plus encore c’est d’être payé pour un travail qu’on fait ! Voire de pouvoir en vivre quand on y consacre son plein temps – en tout cas c’est ce que je souhaite à tout le monde. Et au même titre que les banques physiques ne peuvent pas concurrencer les banques en lignes car elles n’ont pas les mêmes charges, les indépendants ne peuvent pas concurrencer les grands groupes, du moins sur le terrain du prix. Les indépendants essayent donc de proposer autre chose (au choix) : un style reconnaissable, des explications plus fournies, des tutoriels, des hacks …

On ne peut pas attendre qu’une entreprise qui produise un produit à 500 exemplaires et une autre à des millions fassent les mêmes prix. Ce qu’il y a de bien, c’est qu’il y en a pour tout le monde. Et que si le prix vous parait déraisonnable ou excessif, et bien personne ne vous force à acheter un patron, et c’est cool non ?

#3 C’est pas original, il y a la même chose dans Burda

Alors là, je crois que celle-là, c’est ma préférée. Dior époque Galliano c’était original … Mais j’ai rarement vu des gens en porter dans la rue ! Personnellement, je couds mes vêtements. Mes vêtements de tous les jours, pour aller travailler, pour sortir faire mes courses. Pas pour me déguiser. Je ne recherche pas l’originalité à tout prix (sinon mon patron le plus cousu ne serait pas la chemise Archer), je cherche la portabilité. Je cherche même le contraire de l’original : le basique. Le basique ultime. Celui que je pourrai décliner à l’infini sans jamais me lasser ni de le coudre, ni de le porter.

Si on se place à un niveau un peu « plus » commercial, il parait logique que les créateurs indépendants ne se lancent pas dans des patrons complètement délirants : le but, c’est de vendre le plus de patrons possible (pour payer les fournisseurs, le loyer, l’apéro du samedi soir …). Donc qu’ils plaisent au plus de gens possible. Pour ça, pas de mystère, il faut être un minimum consensuel et suivre la mode (et a priori personne ne va se plaindre à H&M, Zara et Mango de faire la même chose en même temps).

Et Burda … là les gars, c’est le moment où je deviens dingue. Burda a été créé en 1950 (donc 67 ans), sort un magazine par mois (sans compter les divers hors-série), lequel contient entre 30 et 40 patrons … même si on ne prend que les 20 dernières années … 20 ans x 12 mois x 30 patrons = 7200 patrons. Sachant qu’un créateur indépendant au taquet sort une dizaine de modèle par an … j’ai envie de vous dire que c’est plutôt rassurant que « tout » soit dans Burda, sinon on se demanderait VRAIMENT ce qu’ils ont branlé pendant les 6 dernières décennies.

#4 Les mannequins/le stylisme/les photos (rayer la mention inutile), ça ne va pas du tout

Le mannequin est trop mince, le mannequin est trop gros, a trop de fesses, pas assez de sein … Le mannequin est humain et ne pourra jamais satisfaire tout le monde. Il ne pourra même jamais ressembler à tout le monde (c’est dingue, hein ?).

Certaines marques de patrons proposent des photos de vêtements portés par différentes morphologies, mais c’est encore assez rare. Toutefois les indépendants font rarement appel à des mannequins professionnels (ex. avec Pauline Alice, Deer & Doe ou Aime Comme Marie).  On ne peut pas non plus leur reprocher de prendre le modèle le plus joli possible.

Mais dans Burda … hormis la section « size plus » … les mannequins ont la taille mannequin. Alors ou est le problème ? Pourquoi est-ce que là, on n’entend jamais dire « c’est pour les ados prépubères filiformes » alors que la nana en photo fait 1m75 pour 55kg ?

Quant au stylisme, là aussi, il en faut pour tous les goûts, chacun essaye de se démarquer et de se rendre facilement identifiable (lookbook ultra léché de Named, filtres sur les photos de République du Chiffon). Il ne faut pas oublier qu’une partie des indépendants font tout seuls, et personnellement, je n’achète pas la photo, mais le patron …

Il y a un moment aussi ou il faut relativiser : tout ne va pas à tout le monde et tout n’est pas fait pour tout le monde. Genre on évite les crop top passé 60 ans. Bon, si rien ne va jamais, vous avez peut-être un problème … mais pourquoi toujours se plaindre ? Je sais que les pantalons taille hautes moulent mon ventre, donc je n’en porte pas, et pour autant, je ne vais pas geindre dès qu’une marque en sort un ! Si vous faites un gros gros complexe, aller faire un tour chez le psy ou à la salle de sport.

 

#5 Les blogueuses, toutes des pourries

Les blogueuses « mal dégrossies » … je ne suis pas créatrice de patron et je ne le serai jamais (j’en n’ai même pas envie) mais si on me proposait de dessiner un modèle de robe, je dirais oui (pas le patronner, hein). Pour l’expérience. C’est comme pour les tests. On me propose assez peu de tester en fait, et la moitié du temps, je suis obligée de dire non. La vérité c’est que ce blog me prend beaucoup de temps, en plus de mon vrai travail qui lui aussi est très chronophage.

J’achète tous mes patrons (sauf ceux que je teste, du coup) et mes avis sont objectifs (quand je pense ne pas l’être complètement, je le signale). Je pense – de bonne foi – qu’il en est de même pour la majorité des blogueuses. Celles qui font ça a un niveau « professionnel » sont facilement reconnaissables. Je trouve ça dommage de systématiquement mettre en doute les avis émis sous prétexte qu’on tient un blog (bouuuuh, encore pire s’il a beaucoup de lecteurs !). Alors quoi, les critiques du Michelin sont tous corrompus ? On gagnerait quoi à ne pas dire la vérité, à part que les gens ne nous fassent plus confiance ? Je vous rassure, on n’a pas échangé nos cerveaux et intégrités contre des patrons offerts.

Alors, pourquoi tant de négativité ? Il y a beaucoup trop d’aigreur et de jalousie en ce moment et la couture, ce n’est qu’un loisir ! Il faut se le rappeler.

Et il faut aussi se rappeler ça :

Si on n’a rien de gentil (ou constructif) à dire, on se tait !