La veste Ayora

Patron : Ayora | Pauline Alice
Taille : 40
Matériel : Tencel sanded, coloris « Cider » | Cousette

L’année dernière, j’ai commencé à faire plus attention aux tissus que je consommais et à vouloir réduire ma consommation de viscose. Pour cela je me suis rabattue sur son cousin a priori plus éco-friendly : le tencel. J’ai commandé fin juillet 2 coupons chez Cousette, sans avoir de projet défini (oui, je sais, grossière erreur quand on veut faire diminuer son stock).

Je n’avais pas fait attention lors de ma commande mais ces deux tencels – de la marque Meet Milk – ne sont en fait pas de la même « qualité ». Le kaki est plus léger – 175g/m² – que la version rouille « sanded » à 190g/m² ici présente ; de plus sur ce dernier la trame du tissu est plus apparente. Je le trouvais donc plus « grossier » (toute proportion gardée hein) et pas forcément adapté à une robe ou une blouse.

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Pour un pantalon, il n’avait pas ma préférence non plus car ce tissu reste fin et marque pas mal (la marque de la culotte ou des capitons, voilà voilà) mais malgré tout, la couleur correspondait parfaitement à mes goûts et il était super doux (un peu peau de pêche mais pas trop). Ce coupon est donc resté dormir quelques temps sur mon étagère, le temps de trouver un projet taillé pour lui 😉

Son heure est arrivée lors de la collection automne 2019 de Pauline Alice : j’avais déjà vu les modèles qui allaient sortir et testé  la robe Mila qui était le patron qui m’emballait le plus – mais pas adapté à ma morphologie. La veste Ayora, elle, était très très loin de m’avoir tapée dans l’œil, je crois même que c’était le patron qui m’emballait le moins de la collection (déso Pauline) mais entre les photos que j’avais reçues lors de son élaboration et le col du prototype on aurait dit une veste de judoka ^^ Autant vous dire que quand j’ai vu les photos « officielles » et la version définitive du patron je me suis demandée comment on était passé des JO de Tokyo à une petite veste douillette. Bref ; je l’ai achetée direct le jour de sa sortie, et il a été imprimé dans l’heure.

ayora pauline alice (15)La sortie de cette collection colle aussi avec le rebranding de la marque (pas visible sur le site) : nouveau logo, nouveau dessin des pochettes … je trouve ce renouvellement super et même si j’adorais les « Paulinettes » je trouve que ça modernise beaucoup l’image de Pauline Alice – d’ailleurs j’ai tendance à trouver que le style des patrons se modernise aussi et est moins rétro qu’à ses débuts (ça m’arrange car mon style évolue également dans cette direction).

 

L E   P A T R O N

Ayora est une veste dont la principale caractéristique est qu’elle a été conçue pour être matelassée (comme la Tamarack Jacket de Grainline Studio) et réversible – si vous envisagez le dressing minimaliste, c’est pour vous ! Elle est ajustée au niveau des épaules et de coupe droite, sans pinces.

En termes de poche : on en a deux plaquées sur l’extérieur, qui font quasiment la moitié des devants et une petite poche poitrine intérieure (ou inversement pour les intérieurs/extérieurs). Le col est montant.

C’est un patron qui comporte très peu de pièces : tout le corps (devant et dos) n’est qu’un seul élément à couper sur le pli, correspondant au milieu dos. Attention donc lors de votre choix de tissu a ne pas prendre une petite laize !

La difficulté majeure de ce patron – selon moi – réside dans la couture des enformes/parements car les arrondis sont très prononcés et il faut prendre son temps et bien cranter pour avoir un résultat propre et sans petits plis.

Pour terminer, le patron préconise 2.5m de tissu, pour ma part j’ai fait une taille 40 (après toile) qui est passée dans 2m.

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L A   C O U T U R E

Comme je vous le disais plus haut, le patron a été imprimé dans l’heure suivant l’achat et puis … nous voilà à coudre au mois de mars. Je suis rarement hyper rapide dans mes projets mais de là à y passer plus de 6 mois … je vous raconte !

Déjà, j’ai beaucoup hésité sur la manière dont je voulais réaliser mon matelassage. Si vous lisez ce blog depuis assez longtemps (genre 5 ans), vous savez peut-être que j’ai déjà cousu une Bernadette de République du Chiffon matelassée et que j’avais publié un tuto sur ma manière de procéder à base de :  molleton thermocollant + stylo frixion. Le matelassage pour les nuls en somme.

Cette fois ci j’avais envie de faire les choses différemment pour deux raisons :

  • Il n’y avait pas de molleton thermocollant chez Mondial Tissu
  • Le stylo frixion, je me suis vraiment calmée dessus car ça laisse des tâches claires ! (j’ai l’impression de le répéter tout le temps et d’être la seule à qui ça arrive) ça peut passer inaperçu sur les tissus clairs, d’autant plus s’ils ont des motifs, mais alors sur un uni rouille, jamais de la vie !

Bref, c’était plus par contrainte que par choix mais je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais d’upgrader ma technique … J’ai donc profité du cours Artesane « Coudre une veste matelassée » (offert) pour savoir un peu mieux comment m’y prendre (et puis à la base j’adore le patron du cours, qui est aussi une veste réversible mais bon du coup je ne l’ai jamais cousue). J’en ai retenu :

  • Il faut couper les pièces largement au-delà des marges de couture tant que le matelassage n’est pas réalisé car le volume du molleton « rétracte » le tissu
  • Il est utile de se procurer une espèce de guide à fixer à la machine et qui permet d’avoir un écart constant.

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J’avais envie de bien faire, donc c’est là que tout a dérapé :

  • J’ai coupé large mon molleton (du coup je n’en ai pas eu assez pour toute la veste)(MAIS j’ai coupé nettement moins large pour le tissu principal parce que ben faut pas déconner je voulais pas non plus être faire 2 fois l’erreur, sachant que déjà j’avais 50cm de moins que ce qui était prévu)
  • Je n’arrivais pas à me décider pour le tissu de doublure
  • J’ai commandé le guide et essayé 1h de le mettre sur la machine dans un trou qui n’existait pas (svp ne sortez pas cette phrase de son contexte) mais manque de bol, avec les Janome, c’est tout un pied double entraînement qu’il faut acheter si vous voulez mettre ce fameux guide (et ça, c’est écrit nulle part donc c’est l’étape qui a traîné le plus ~ environ 3 mois facile). En plus ça coûte entre 30 et 40€ ! Un plaisir …

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Début mars, sentant le vent changer et le confinement arriver je me suis finalement bougée pour aller chercher les quelques centimètres de molleton qui me manquaient pour commencer (pour de bon) ce projet. L’avantage d’avoir tant traîné c’est que j’ai vu des couturières beaucoup plus chevronnées que moi dans le domaine du « quilt » passer devant et que j’ai pu leur piquer des techniques – enfin une, celle de Martine : j’ai acheté de la colle temporaire et repositionnable en bombe. C’est hyper pratique pour « coller » votre tissu sur votre molleton et ensuite piquer sans trop trop épingler (attention toutefois à ne pas pulvériser trop près et attendre quelques secondes que ça sèche sinon ça peut faire des tâches sur votre tissu)(croyez en mon inexpérience).

Pour mon matelassage j’ai fait plusieurs essais mais j’avais très envie de ça soit continu au niveau des épaules entre le dos et le devant ET je n’avais pas envie de me casser la tête avec des raccords de diagonales sur le devant. J’ai donc opté pour le vertical avec un espacement de 4.5cm – j’ai même vérifié en traçant sur mon patron papier que ça fonctionnait grosso modo – moyennant deux rayures plus petites sous les bras 😊 (=la ou ça ne se voit pas).

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J’ai donc commencé à matelasser avec mon tout nouveau pied double entrainement, le guide et la grande table de ma machine – c’est beaucoup plus confortable pour les « grandes » pièces. Mais … je dois vous dire que je n’ai pas du tout aimé cette histoire de guide. En fait le problème c’est que la référence du guide c’est la couture qu’on vient de faire. Du coup, si elle n’est pas parfaitement droite, ou qu’elle est un peu plus décalée que 4.5cm on reporte l’erreur, voire on en rajoute et quand on arrive à la 5ème couture l’erreur commence à être conséquente. Je pense que ce n’est pas forcement hyper visible sur un tissu à motifs, mais franchement, sur un tissu uni avec des coutures verticales, si (et oui, je suis psychorigide). J’ai donc fait une première moitié de la veste avec le guide et la seconde moitié avec une règle japonaise et du masking-tape, au ras duquel je venais piquer. Le rendu était sans comparaison niveau précision et netteté, au point que j’ai décousu la première moitié pour la refaire avec la technique du scotch (appelez-moi Monk).

Je ne vous cache pas que j’ai eu quelques moments de doute lors de la couture sur la dimension de mon matelassage, celui à faire pour les poches, dans quel sens … finalement j’ai préféré matelasser les poches dans le même sens afin de ne pas avoir un effet grossissant, j’ai juste réduit les intervalles à 3cm pour que cela contraste.

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Une fois toute l’étape du matelassage terminée j’ai découpé les pièces à la bonne dimension et je me suis enfin dit que ça pourrait être une bonne idée de lire les instructions. Et ben vous savez quoi ? j’aurai p’tètre dû le faire avant. J’étais passée à côté d’une étape relativement importante. A la base on est censé matelasser TOUTES les épaisseurs. Intérieur-molleton-extérieur. Ah bon. Humhum. Oui, bon, ben hein voilà. Bon en réalité ce n’est pas si grave – au contraire – si vous voulez mon avis, c’est ce qui m’a permis d’avoir de belles finitions.

J’ai réussi à récupérer dans mes chutes de tencel assez de tissu pour doubler tout le corps moyennant une couture milieu dos, j’ai doublé les poches avec un voile de coton noir et les manches avec de l’anti-statique (a priori c’est plutôt une veste automne-hiver donc c’est plus pratique pour enfiler par-dessus les pulls). J’ai cousu ma doublure au parement intérieur en laissant une ouverture en partie basse.

J’ai cousu à la main les poches à la veste extérieure (tissu principal + molleton) pour que ça soit le plus discret et joli possible et que ça ne « perturbe » pas mon matelassage ; puis le parement extérieur a cette veste en m’appliquant bien sur les arrondis (les instructions de Pauline expliquent très bien comment faire pour que ça soit propre et il y a beaucoup de repères). Ensuite je n’ai eu qu’à coudre entre eux les parements endroit contre endroit, cranter, retourner sur l’endroit et repasser – comme une veste doublée classique.

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Pour que la doublure ne se balade pas et que ça soit plus propre, j’ai glacé tous les parements (y compris ceux des manches). Comme on me le demande régulièrement, en gros, cette étape du « glaçage » consiste, sur l’envers du vêtement à coudre entre elles les marges de coutures.

Et voilà ! Je crois qu’on a fait le tour.

SONY DSCLa veste sur l’envers

L ‘ I N T E G R A T I O N

Vous vous en doutez, je n’ai pas eu l’occasion de porter ma veste dans « la vraie vie » mais j’ai quand même voulu faire des petites simulations !

ayora pauline alice (1)

A V I S   G E N E R A L

Le patron est plutôt facile à réaliser, il faut surtout être patient et ne pas hésiter à s’y reprendre plusieurs fois, notamment pour la couture des courbes ou il est difficile de ne pas avoir de petits plis dès le premier coup.

Comme je ne comptais de toute façon pas porter ma veste de manière recto/verso je suis assez contente de mon « erreur » car comme elle est entièrement doublée les finitions sont ultra-propres et je sais que j’aurais était frustrée si j’avais dû surpiquer ma parmenture pour la fixer (j’aurais probablement fini par le faire à la main). Là, il n’y a aucune couture visible en dehors du matelassage et je trouve ça très joli.

Tant qu’on est sur le sujet du matelassage, vous l’avez compris, la technique du guide c’est zéro pointé pour moi, en revanche je vis une très grande histoire d’amour avec ma règle japonaise et mon pied double entraînement (je pense qu’il va rester définitivement sur la machine !). J’ai hâte de le mettre a l’épreuve sur de grosses épaisseurs.

Concernant le look final je suis plutôt contente : la couleur est parfaite dans mon dressing, le tissu est hyper doux, et contrairement a ce qu’avait pu dire ma maman à mi-parcours, je trouve que l’effet « gilet de sauvetage » a disparu avec la couture des manches (parce que au début … on ne peut pas dire qu’elle avait tort !).

Pour résumer ça a été un projet de longue haleine (la prochain fois j’achèterais un tissu quilté direct, on gagnera 6 mois – genre celui la, j’adore !) mais je suis contente du résultat.

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24 commentaires

  1. Merci Anne, je l’attendais ton article! Le patron devait faire parti de ma capsule d’hiver, j’ai le tissu mais rien fait du tout. Je me demandais comment tu avais fait pour ta toile, car avec le matelassage ça ne rend quand même pas du tout pareil en terme d’épaisseur qu’un simple tissu toile?
    J’aime beaucoup ce patron mais ça a l’air d’être quand même un beau morceau et j’ai une grosse flemme d’apprivoiser le matelassage. Avec le confinement, sans molleton sous la main j’hésite à piquer les tencel que j’avais achetés pour ayora pour coudre un pantalon dressed et une robe cielo de closet case, je vais peut-être finir par faire ça.

    En tout cas ta version est très jolie, cette couleur est vraiment superbe.

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    1. Oui pour l’épaisseur je comprends ton inquiétude mais en vrai le molleton est super fin même s’il est assez gonflant (genre c’est pas comme un lainage épais ou tu en peux pas plier le bras : la si tu pinces ton molleton il doit faire quelques mm seulement). Tu peux essayer ta toile avec un gros pull pour contre balancer sinon ?

      Pour les tencels je trouve ça trop fin pour des pantalons, je trouve que ça marque ^^’

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  2. Bonjour,

    Très jolie version de cette veste. Je suis fan de ton matelassage mais j’avoue que ça reste un monde (et une technique nébuleuse) pour moi.
    Je suis très intéressée par cette veste que j’envisage de mon côté plus comme un « gilet » plutôt que comme une grosse veste. Dans tous les cas suite à ton retour si je dois me lancer je ne pense pas que j’investirai dans le guide et j’utiliserai aussi la règle japonaise.

    Belle journée à toi.

    Céline

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    1. Oui je suis d’accord avec toi, pour moi ça ne remplacera pas un manteau, ça sera mis en dessous (un peu comme mes blazers au final).
      Niveau technique je pense qu’avec le guide tu gagnes beaucoup de temps mais ça dépend du résultat que tu veux. Ici avec un tissu uni, clair et des coutures verticales je trouvais que c’était trop visible pour être imparfait. Avec un tissu a motif je m’en serais probablement contentée. Sinon reste les tissus déjà matelassés !

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  3. Elle est superbe cette veste, bravo !!
    Et comme d’habitude, merci pour tes articles détaillés et très clairs, c’est un plaisir à lire, et très utile ! J’envisage aussi de réaliser cette veste, avec une hésitation avec la fameuse Tamarack… Still wondering 🙂

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    1. Merci beaucoup 🙂 Pour la Tamarack je l’aime beaucoup aussi mais les formes n’ont rien a voir. Et puis celle de grainline, les finitions sont en biais ça me parait toujours super tendu pour faire un truc joli ^^ a moins de finir a la main

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  4. C’est magnifique, et effectivement, c’est une couleur qui, sans être passe partout et fade, s’harmonise avec finalement pas mal de teintes. Tu as raison d’être fière de toi, on le serait à moins.

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  5. Il est superbe !! Et quel patience pour avoir matelassé tout ! Et je suis d’accord avec toi, on ne dirait pas un gilet de sauvetage mais j’suis sûre qu’elle avait raison ta maman ^^. J’au cousu un chez deer and doe, une chemise bruyère en pieds de poule. Jusqu’à la fin, ça faisait blouse de ménage ! Haha. Mais à la toute fin, on y était. Une chemise élégante mdr.

    Beau boulot. Je file chez pauline et alice voir ça et je te dis merci pour cet article plus que complet qui fait plaisir à lire !

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    1. Je t’avoue que avant de coudre les manches j’ai eu un doute existentiel, j’ai failli modifier tout le matelassage en rajoutant une couture entre chaque couture déjà faites ^^’ mais bon finalement j’ai pas eu le courage et c’est très bien comme ça

      et merci ❤

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  6. que c’est beau !
    j’ai eu du mal à comprendre pourquoi tu avais fixé les poches à la main, mais j’ai compris ensuite que le « devant et dos en une seule pièce » c’était relié par les côtés et non par les épaules 🙂
    effectivement, la grande différence entre ta Ayora et les Tamarack, c’est que tu n’as aucune couture apparente (et donc de biais). j’ai la tamarack depuis sa sortie, jamais cousue, mais de savoir que je peux la faire reversible : côté matelassé/côté pas matelassé, ça me tente bien !

    et je serais curieuse de savoir si le tencel ne bouloche pas ? j’ai ce souvenir là …

    et mon seul essai de matelassage pour le moment, c’est un protège carnet de santé et je n’avais bien évidement pas pris assez de marge !

    merci pour l’article détaillé !!

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  7. J’ai réfléchi à l’idée que tu m’as donné de choisir un tissu déjà matelassé du coup j’ai commandé de la double gaze matelassée j’adore la double gaze c’est trop doux

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